La rencontre échouée d'un soldat et un mannequin

SOUVENIR. En 2008, l'auteure Felicia Mihali est bouleversée par un article de la revue MacClean's. On y parle d'une correspondance entre un jeune soldat d'origine grecque posté en Afghanistan et une top-modèle torontoise de 24 ans.

La rencontre échouée d'un soldat et un mannequin

«C'est l'histoire de deux jeunes gens qui ont toute la vie devant eux, mais dont la guerre interrompt brusquement l'idylle.»Felicia Mihali, écrivaine

«Peu après, le 20 juin 2008, Christos Karigiannis était tué en service, raconte l'écrivaine installée dans Chomedey depuis 2002. J'ai appris que son enterrement aurait lieu dans Sainte-Rose, après une cérémonie très solennelle dans une église grecque orthodoxe. J'étais très touchée par cette histoire. Je voulais voir si la fille allait être là, d'autant plus qu'elle est d'origine roumaine comme moi.»

Bien que Kinga Ilyes soit absente, en vacances par-delà l'Atlantique, plusieurs éléments rejoignent Felicia Mihali. Elle apprend également qu'une bourse scolaire a été créée à la mémoire du militaire.

Ces émotions et différentes anecdotes l'habiteront quelques années avant d'écrire The Darling of Kandahar, paru chez Linda Leith Publishing en 2012. Le roman se retrouvera sur la liste des 10 meilleurs livres québécois de l'année 2013 de l'émission radiophonique Canada Reads, du réseau anglophone de Radio-Canada.

Le lectorat francophone peut compter sur sa traduction depuis le 29 octobre.

Touchée par l'histoire du soldat lavallois Christos Karigiannis, Felicia Mihali s'était rendue à ses obsèques officielles comme plusieurs autres de ses concitoyens, le 11 novembre 2008.

Croiser les histoires

Journaliste culturelle ayant déjà publié trois romans en Roumanie, Felicia Mihali s'était fait connaître par un premier livre Le pays du fromage (2002), développant déjà des thèmes lui étant chers telles l'immigration et la quête identitaire.

«Je continue à explorer ces thèmes dans La Bien-aimée de Kandahar tout en m'inspirant très librement et avec respect de cette histoire du <@Ri>MacClean's<@$p>, de préciser Felicia Mihali. J'ai changé les noms et certains détails de leur biographie. Il y a un côté épistolaire et historique, puisque 90 % du roman se déroule à Montréal.»

Aux confidences du soldat très critique de sa mission en terre afghane, lui qui tente de répondre aux questions du jeune mannequin féminin, l'auteure oppose le récit de la fondation de Montréal et des pans de son histoire.

«Le soldat relate ses sorties sur le terrain et échange des photos avec sa correspondante, d'ajouter Felicia Mihali. Les deux jeunes gens souhaitent se rencontrer un jour, mais la guerre en décidera autrement.»

Prolifique

Sans raison ni politique ni économique, Felicia Mihali a quitté son pays natal à l'âge de 33 ans, en 2000, afin de relever un nouveau défi. Elle se créera des contacts dans le milieu littéraire, notamment chez XYZ, où elle publiera Luc, le chinois et moi (2004) et Dina (2008), son roman précédent aux relents de thriller et d'autobiographie.

«Il y a toujours cette question très reliée à l'immigrant du besoin de revivre son passé et de résoudre tout ce qui est resté en suspens depuis le départ du pays d'origine», de souligner l'auteure de Sweet Sweet China.

Benoit LeBlanc

Le Courrier de Laval, 7 novembre 2016

 

La bien-aimée de Kandahar, Felicia Mihali

En avril 2007, un sergent canadien en mission en Afghanistan avait écrit au magazine Macleans pour le remercier d’avoir publié en page couverture la photo d’une jolie jeune fille qui plaisait beaucoup aux soldats déployés à Kandahar.

Macleans avait saisi l’occasion pour faire un article divertissant sur « la bien-aimée de Kandahar ». L’auteure montréalaise d’origine roumaine Felicia Mihai s’inspire de ce fait réel pour y inventer une suite sous forme de correspondance entre le militaire et la jeune fille, elle aussi d’origine roumaine.

Le roman est constitué d’observations sympathiques de l’immigrante roumaine à Montréal sur sa vie, ses amours, l’histoire de la Nouvelle-France et enfin la guerre en Afghanistan.

L’histoire avance par petites touches sur un ton agréablement détaché, comme si les aléas de la vie arrivaient par hasard, sans qu’on puisse y faire grand-chose. Ce septième roman de Felicia Mihai, d’abord publié en anglais en 2012, est un riche ajout à la littérature de cette « troisième solitude » que forment, selon l’auteure, les immigrants au Québec.

Caroline Jarry

Le Devoir, 21 Janvier 2017

 

Femme aimant le vert…

La bien-aimée de Kandahar, une histoire de la «plume tendresse» de Felicia Mihali

« Je fais partie de ce que le monde académique appelle la ‘littérature migrante’. Ça me fait très plaisir de dire que je suis une immigrante et que j’écris au sujet du monde que je connais le mieux, l’étranger, mais que ne reste pas un étranger à la société. On change de maison, de pays, mais on s’intègre avec nos moyens, nos connaissances, on fait partie de la société. On ne reste pas toujours ‘les autres’».

Felicia Mihali

C’est un parcours sur la planète des plus intéressants que celui de Felicia Mihali.

Née en Roumanie, elle vit au Canada depuis plus de 16 ans. Felicia a étudié la philologie (l’étude d’une langue, fondée sur l’analyse critique de textes écrits dans cette langue), le mandarin et le néerlandais.

Elle a touché à la chronique théâtrale dans sa Roumanie natale et, depuis qu’elle est au Canada, elle a  obtenu un Certificat en Histoire de l’art, à l’Université de Montréal, un autre en études anglaises et elle est à compléter une maîtrise en Histoire.

On ajoute aussi que l’Université de Montréal lui accorde le titre de Maître ès lettres pour son mémoire de maîtrise portant sur la littérature postcoloniale.

Publié tout d’abord en anglais sous le titre The Darling of Kandahar, le roman a été sélectionné par Canada Reads – concours national de notre diffuseur anglais CBC – parmi les dix meilleurs titres au Québec.

La bien-aimée de Kandahar n’est pas une traduction de The Darling of Kandahar, mais une réécriture.

Felicia Mihali est l’invitée au micro de Raymond Desmarteau.

Raymond Desmarteau

Radio Canada International lundi 2 janvier, 2017

 

La bien-aimée de Kandahar

« La lettre du soldat Yannis Alexandridis est arrivée dans ma boite électronique un samedi matin. J’ai presque failli l’effacer, car je n’ouvrais pas les messages des inconnus. Mais j’ai été interpellée par le titre qui disait: Bonjour de Kandahar. J’ai encore hésité quelques minutes, puis j’ai fini par l’ouvrir. »

Irina a 24 ans, elle étudie la littérature et travaille comme serveuse chez Trois Brasseurs. Un jour, son destin sera complètement bouleversé par un journaliste qui prend sa photo pour la couverture d’un célèbre magazine. Soudainement propulsée au statut de cover-girl, elle se voit couronnée du titre de fille la plus sexy par le bataillon de soldats en Afghanistan. La lettre de Yannis, posté à Kandahar, va bientôt révéler la face cachée de la célébrité. Inspiré d’un fait réel, cette histoire d’amour est en même temps une véritable fresque sociale qui superpose la fondation de Montréal à la guerre en Afghanistan.

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Il faut saluer ici la qualité du style de l’écrivaine, tout en nuance et en subtilité. Une œuvre qui nous fait redécouvrir, ce qui n’est jamais inutile, quelques éléments clés de notre histoire via le récit à la première personne de cette jeune femme qui s’adresse à nous avec délicatesse et intelligence. Le lecteur traverse le roman de quelque 160 pages avec un grand plaisir.

Un bon mot également pour la maison d’édition, dont on suivra assurément la production dans le futur car elle s’impose visiblement un choix éditorial rigoureux et qui sort des sentiers battus en nous donnant à lire un texte très fort et bien appuyé par une mise en page soignée, ce qui témoigne du respect qu’elle voue à ses lecteurs.

Une qualité qui, hélas, n’est pas toujours bien comprise dans le monde de l’édition.

Daniel Giguère, Phare.média, 22 janvier 2017

 

Le choix des libraires

10 représentants de la diversité au Québec à découvrir

Felicia Mihali
Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’écrivaine Felicia Mihali, née en Roumanie en 1967 et qui vit au Québec depuis 2000, n’a pas peur de fouler les bancs d’école. En effet, celle qui a d’abord étudié à l’Université de Bucarest s’est ensuite tournée vers l’Université de Montréal. Elle a étudié la philologie, les langues (français, chinois et néerlandais), les lettres, l’histoire de l’art, l’histoire et la littérature anglaise. Le pays du fromage, son premier roman fort remarqué publié en 2002, sera ensuite suivi de Luc, le Chinois et moi, La reine et le soldat, Sweet Sweet China, Dina et, notamment, Confession pour un ordinateur. Points communs des ouvrages de cette romancière qui est également journaliste et professeure d’histoire? Des personnages qui se laissent porter par la vie, la question de l’identité et l’histoire qui s’y taillent toujours une importante place.

Par Alexandra Mignault

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Les libraires Isabelle Beaulieu & Josée-Anne Paradis (Les libraires, Février 2, 2017)

 

Femme aimant le vert…

C’est à ce trait que se réduit ironiquement l’héroïne de La Bien-aimée de Kandahar.

C’est à ce trait que se réduit ironiquement l’héroïne de La Bien-aimée de Kandahar.

Le dernier roman de Felicia Mihali s’inspire d’un fait divers. En 2007, le magazine MacLean’s a fait apparaître sur sa page de couverture la photographie d’une étudiante. Cette parution a incité un sergent canadien à lui écrire depuis l’Afghanistan pour la complimenter sur sa beauté naturelle. Le magazine a par la suite servi de relais à une correspondance entre la jeune femme et le soldat, jusqu’à la mort de ce dernier survenue peu après lors d’une attaque à la bombe.

Le roman de Mihali, originellement paru en 2012 sous le titre The Darling of Kandahar, effectue une mise en récit de cette correspondance. Celle-ci est narrée du point de vue de l’étudiante dont la vie se réduit à peu de choses: le divorce de ses parents, deux relations sans amour, ainsi que le souvenir des pièces qu’elle montait à l’école avec sa meilleure amie Marika.

La simplicité du schéma actantiel tend à aplanir ces drames de la vie quotidienne tout en favorisant les analogies entre différentes périodes historiques dont les ressemblances sont loin d’être évidentes. Ainsi, sous l’écriture blanche d’une narratrice qui déplore que la journaliste qui lui donne une entrevue de cover girl ne l’interroge que sur ses goûts alimentaires, sa couleur préférée et les adjectifs qu’elle utiliserait pour décrire sa personnalité, la fondation de Ville-Marie devient un leitmotiv sur l’arrière-plan duquel se dessine la destinée tragique du soldat Yannis, à qui la narratrice Irina regrettera d’avoir posé tant de questions sur son quotidien en temps de guerre, sans même songer à lui demander ce qui l’a poussé à partir en Afghanistan.

On devinera que le thème principal exploré par Mihali porte sur l’incommunicabilité qui régit les relations interpersonnelles, davantage que sur les malentendus que favorisent les rencontres en ligne. Cela implique que le questionnement qui sous-tend ce roman est de nature identitaire, car, si c’est par hasard que l’étudiante qui a inspiré la Bien-aimée de Kandahar était, comme Mihali, d’origine roumaine, il n’est pas anodin que cette auteure en ait fait, à son instar, une spécialiste de la littérature postcoloniale.

Le récit permet de mettre en évidence le fait que ces difficultés à communiquer efficacement sa pensée proviennent d’une dichotomie entre un sentiment que l’on se forge de sa propre identité, laquelle relève le plus souvent de l’ordre de l’implicite, et l’image que l’on en projette. Et cependant, il serait vain de séparer tout à fait ces deux instances dans la mesure où l’image que l’on projette ne cesse de modifier notre vie intérieure, puisqu’un individu ne représente en fin de compte qu’un «amas de connexions avec [ses] semblables».

On comprendra alors la détresse qu’elle ressent face aux questions de la journaliste du magazine qui fera d’elle une cover girl. Plutôt que de lui demander d’expliquer ce que représentaient les Versets sataniques de Salman Rushdie pour le paradigme littéraire de la fin du 20e siècle, ou encore sur les fantasmes infantiles qui la poussaient à incarner le rôle de Jeanne Mance, tandis que Marika incarnait celui de Maisonneuve; celle-ci l’a contrainte à décrire son identité à partir de questions futiles auxquelles elle-même ne connaissait pas la réponse.

Miruna Craciunescu (Le Délit, Octobre 25, 2016)

the daily review, Wed., May 9

Star-crossed in Kandahar

Carla Lucchetta

From Wednesday's Globe and Mail

Published Tuesday, May. 08, 2012 5:00PM EDT

In 2007, a Canadian soldier stationed in Kandahar sent a letter to Maclean’s magazine to thank the editors for keeping him well informed, and also to compliment them for finding a new “pin-up” girl for him and his comrades to enjoy. He was talking about a wholesome-looking young woman posing as a student for the magazine’s annual university ranking issue. The young woman, Kinga Ilyes, became known as “the Darling of Kandahar,” enjoying a wave of media attention. The soldier, Sergeant Christos Karigiannis, unfortunately died a short time after he wrote the letter. The story is the subject of Montreal writer Felicia Mihali’s short novel (her first in English) and the first fiction to come out of Linda Leith Publishing, the new venture of the founder of Montreal’s Blue Metropolis literary festival.

The Darling of Kandahar, by Felicia Mihali The Darling of Kandahar, by Felicia Mihali. Linda Leith Publishing, 126 pages, $16.95

Mihali imagines a brief e-mail correspondence between the soldier she renames Yannis and the darling, Irina. Both immigrants to Montreal, they do not flirt or reveal anything exceptionally personal, but rather discuss religion, politics at home and abroad, and the everyday life of combat and peacekeeping in Afghanistan. Irina does not let on that – through his long discourses on his activities in the Middle East, his attitudes toward its customs and the war in general – she hasfallen completely in love with him.

Twenty-four-year old Irina lives with her divorced mother, whose new sailor husband is away most of the year, an arrangement born out of convenience more than affection. Irina has had two previous boyfriends, but neither captured her attention like Yannis. The only other close person in her life has been a childhood friend, Marika, with whom she has lost touch. She fondly remembers the times they would re-enact the settlement of Montreal, playing the various missionaries, military leaders and politicians involved. Her longing for her old friend seems grounded in the same point of connection as with Yannis: religion, politics, strangers in a strange land.

Mihali has a great deal to say on these topics, as well as the status of Montreal’s immigrant community. The more compelling story of the budding – but tragically short – relationship between a lonely soldier and a solitary young woman suffers from too little space. It’s treated as a sidebar, rather than the main event. Yet, there are moments when the clunky expository prose happily gives way to more creative and imagistic storytelling. The star-crossed relationship concludes in Irina’s mind with one of the most romantic ideas around: that declaring her love for Yannis, not holding back because of fear or timidity, would have given him a reason to survive the war.

This returning thought seems too much for Irina. After Yannis’s death, her “pin-up” fame fades, as does her desire to find a new love, and she fully surrenders to the routines of life with her mother. Despite her claims that she has been unmarked by her parents’ divorce and other shifts in her young life, she seems unable to get past her experience of being a lifeline to her darling soldier and a darling to a bored media trying to take credit for a fairy-tale war story.

Carla Lucchetta is a writer and essayist for TVO’s The Agenda with Steve Paikin. Her book Lonely Boy, sons writing about their absent fathers, will be published next year.

mRb

Montreal Review of Books

Fiction

Review by Lesley Trites   •  Published in the: mtlreviewofbooks.ca Summer 2012 issue

Felicia Mihali

The premise of Felicia Mihali’s new novel The Darling of Kandahar is taken from a real-life event. After a young woman appeared on the cover of the 2007 University Student issue of Maclean’s magazine, a Canadian soldier stationed in Afghanistan, apparently taken with the photo, wrote a letter that was printed in the magazine. The media began calling the cover girl “the darling of Kandahar.” Mihali fictionalizes this girl as Irina, a Montreal student who is asked to pose for the cover of Maclean’s and later receives an email with the subject line “Hello from Kandahar.”

This is Mihali’s first book written in English after publishing seven novels in French. It’s an ambitious book, considering its scope of topics: life as an immigrant in Quebec, religious beliefs, the historical founding of Montreal, and the human impact of the war in Afghanistan. But, perhaps meandering from idea to idea is an accurate portrayal of the mind of a 24 year-old girl, painting the world in broad, far-reaching strokes.

Seeing Montreal through the eyes of her parents, immigrants from Romania and Hungary, Irina describes the city with an outsider’s perspective, yet an insider’s insight, making interesting observations about the experience of immigrants living in Quebec: “Two solitudes is it? What happens, then, to the third one, the lonely immigrant side, left on its own or, even worse, caught up in political game and sacrificed in multicultural speeches?”

As a high school student, Irina and her best friend took pleasure in acting out religious plays about the missionaries who founded Montreal. The story of Jeanne Mance and de Maisonneuve, for instance, takes up several pages. Though a bit long-winded, the story is told in a charming way and demonstrates Irina’s ability to throw herself wholeheartedly into the stories of others. She is a character who lives in her head; she doesn’t enjoy going out with friends, and finds herself increasingly showing agoraphobic tendencies, like her mother.

Irina asserts on the first page that “Young women have stories to tell, too …” The stream-of-consciousness narrative can draw the reader in with its intimacy, but can also ring false at times: “I guess it’s time I told you about my family,” Irina self-consciously narrates. She walks us through her family history, failed romances, and current life as a university student, telling the stories of the people around her as a way to explain more of herself. Although perhaps lacking in stylistic elegance, the narrative captures Irina’s inner thoughts well. “You wouldn’t be wrong if you called me ordinary,” she says, and indeed some of her observations are mundane. Others grasp at something larger: “I still wonder about the briefness of things that can later on rouse huge emotions, when they do not destroy you. Ten minutes is long enough to kill a person.”

The temporary celebrity that comes with having her photo on the cover of a national magazine brings Irina a new self-awareness: “I felt like this kind of wave, just part of the mass of water in the sea for so long, and now suddenly here I was with my very own exi tence.” And it is in the resulting relationship between Irina and Yannis, the Canadian soldier in Afghanistan, that the book really hits its stride. Unfortunately, this doesn’t begin until more than halfway through the book, and the relationship isn’t given enough space to fully unfold. Theirs is not a straightforward romance; in fact, it’s not a romance at all, but a tense correspondence that is conducted entirely by email and fraught with misunderstandings. As a result, the reader may ultimately feel unsatisfied by all that is left unsaid between Irina and Yannis. mRb

The Darling of Kandahar

Novel

A young woman poses for the cover of a magazine. A Canadian soldier serving in Kandahar falls in love with her photograph and sends her an email message. "The darling of Kandahar" is the tale of love, loss, and displacement against the background of the war in Afghanistan.

Available now from Linda Leith Publishing

What The Gazette said about The Darling of Kandahar

Mihali’s novel is a rambling first-person narrative that follows Irina, a young Montreal woman of mixed Greek and Romanian descent. Irina doesn’t hold back in commenting about her divorced parents, or her relationships at school, university and at work. She becomes the object of infatuation of a Canadian soldier in Afghanistan who saw her sexy photo in a newsmagazine (this part was inspired by a true story in Maclean’s). Mihali’s English prose is expository rather than poetic, but she is sensitive to the incidents that form human feelings and relations.

Victor Swoboda (The Gazette, April 14, 2012)

3…2…1…Launch
"Linda Leith launches publishing house at the Blue Met"

......Having said all that, it should also be said that the books are great. Salutin’s essay should spark some interesting discussions about what works and what doesn’t in public education (his answer is that almost anything will work), and Mihali’s novel is gorgeous and topical, inspired by a real-life event. I have a feeling Linda Leith will be publishing for a long time to come, churning out slim novellas and essays that are socially relevant and also formally unique.

Mike Lake (Rover 2012: Spring Issue, No. 15)

L’enlèvement de Sabina

Littérature québécoise

Felicia Mihali construit depuis dix ans une œuvre aux contours changeants : autofiction, roman historique, docufiction. Avec L’enlèvement de Sabina, elle signe un roman baroque qui tient à la fois du conte populaire, du roman d’aventures, de l’épopée et du suspens.

S’inspirant librement de deux légendes mythiques de l’histoire romaine et grecque, celle de l’enlèvement des Sabines et celle des Danaïdes, la romancière nous transporte dans un pays imaginaire où les Comans enlèvent les Slavines, les filles du village voisin, lors d’une grande fête où ils les ont invitées avec leurs familles. Comment vont-elles réagir? Suivront-elles l’exemple des Sabines qui ont incité leurs pères et leurs maris à se réconcilier, ou celui des Danaïdes (légende grecque) qui ont tué leurs maris au cours de leur nuit de noces? La plume féministe de Felicia Mihali privilégie les battantes, les résistantes. Les Slavises emprisonnées contre leur gré n’accepteront pas leur destin. Leur appétit pour la vie n’aura d’égal que leur appétit de vengeance.

Très vite elles s’investissent dans la vie quotidienne du village, créent des entreprises et des commerces, au grand étonnement de leurs fainéants de maris et ravisseurs. Felicia Mihali fait preuve d’une grande maitrise dans l’analyse des relations complexes entre les hommes et les femmes. Rien non plus n’échappe à sa plume artistiquement soignée quand elle restitue les couleurs, les odeurs et les sensations tactiles d’un passé lointain.

Minutieusement construit, le roman emprunte aussi bien à l’Antiquité qu’au Moyen Âge hanté par les Croisades contre les hommes enturbannés du Nord. Kostine, le seul Coman qui a raté l’enlèvement de sa Slavine (Sabina), décide de partir sur la route à sa recherche. Enrôlé contre son gré, il devient le témoin privilégié de ces guerres de religion meurtrières. On découvre à travers cet épisode l’étendue des connaissances historiques de l’auteure ainsi que son intérêt pour le face à face subtil qui se dessinait entre l’Occident et l’Orient, entre les civilisations chrétienne et islamique.

Romancière, journaliste, Felicia Mihali signe un septième roman touffu, exigeant par le nombre des personnages, néanmoins pétillant d’intelligence. Quelle est la part du vrai, du faux, de la fiction, du réel dans le roman? Avec un imaginaire toujours en action, elle ne fait que réinventer le réel passé. Derrière ce septième roman, on sent le plaisir de raconter, la jubilation d’écrire et de jongler avec la mythologie et l’Histoire. L’enlèvement de Sabina confirme la voix singulière de la romancière d’origine roumaine dans la littérature québécoise actuelle.

Suzanne Giguère (Le Devoir, les samedi et dimanche, 25 décembre 2011)

Felicia Mihali joue avec plusieurs mythes

Felicia Mihali n’hésite jamais à secouer certains mythes et légendes. Cette fascination lui permet de donner un second souffle à des archétypes et de les actualiser tout en laissant les coudées franches à sa fantaisie et son imaginaire.

Elle l’a déjà fait dans «La reine et le soldat», un roman qui m’a entraîné dans des pays lointains et singuliers.

Cette fois, elle s’inspire des Sabines qui ont été enlevées par les fondateurs de la Rome antique et des Danaïdes qui ont égorgé leurs maris le soir de leurs noces. Ces femmes ont été condamnées à vivre dans les enfers et à remplir un tonneau sans fond.

Les Slavines sont kidnappées lors d’une fête où l’on boit et mange plus qu’il ne faut et ramenées dans un village voisin.

«Passé minuit, au signal imperceptible de leur chef, les Comans avaient enlevé les Slavines. Personne n’avait remarqué leurs regards insistants sur les filles de leurs invités, tout au long de la soirée. Sous prétexte de remplir leurs verres, les jeunes hommes avaient tourné autour des tables pour évaluer des yeux leurs cheveux, leurs seins, leurs cuisses, leurs pieds, leurs dents. L’odeur du corps mâle aurait dû trahir le rut qui excitait leurs sens, mais les jeunes Slavines, pas plus que leurs familles, n’avaient rien compris de ce qui se tramait.» (p.12)

Curieusement, aucune riposte des familles, d’attaques pour venger l’affront. Les jeunes mâles se partagent les femmes comme un butin de guerre. Elles deviendront des mères et des épouses.

«Des vingt familles slavines invitées à la fête des Moutons, deux n’étaient pas venues accompagnées de leurs filles, pour des raisons inconnues. Cependant, à part Kostine, qui avait perdu de vue la femme désirée, et Veres, qui avait enlevé une enfant, au cours des jours qui suivirent, seize Comans épousèrent seize Slavines.» (p.27)

Ce pauvre Kostine devra errer une grande partie de sa vie pour retrouver Sabina, l’élue de son cœur, celle qui a su échapper à l’enlèvement.

La paix

Les jeunes femmes protestent au début, mais elles semblent s’intégrer rapidement à la communauté. Elles gagnent la confiance de tous et occupent des postes importants dans le village, dirigent un commerce, gardent les moutons, ce qui ne s’était jamais vu. La sorcière pousse très loin son pouvoir et ses connaissances.

Peu à peu, les hommes qui ont marié ces Slavines connaissent des morts violentes. Est-ce le malheur, une malédiction? Ce serait trop simple même si je n’y ai pas trop fait attention au début.

Pendant ce temps, Kostine parti dans le village voisin pour retrouver celle qu’il ne peut oublier, est pris dans une rafle de l’armée. Il devra faire la guerre contre les Asiatiques, apprendre à survivre. Il parcourt le monde et fait d’étranges rencontres. Un monde connu et aussi un univers imaginaire où tout est harmonie et bonheur. Il parviendra à rentrer chez-lui après bien des pérégrinations.

Le don de Felicia

Au-delà de l’histoire, ce qui importe dans «L’enlèvement de Sabina», c’est l’incroyable faculté de Felicia Mihali à décrire les usages, les coutumes alimentaires, les fêtes et les rituels. Elle connaît nombre de recettes, de potions, d’herbes qui guérissent et permettent d’éloigner le malheur.

«Il y avait du bon pain de blé et de seigle fraîchement sorti du four, du fromage gardé dans l’huile avec du basilic, des oignions marinés, des petits pois au fenouil, des haricots à la nuque de porc, du lard à l’ail, des saucissons frais, de la choucroute, des galettes au fromage doux assaisonné de raisins secs, des tranches de pommes, du sirop de sureau, de la citrouille cuite, des prunes en compote, le tout arrosé du meilleur vin, dérobé des réserves de leurs maris.» (p.165)

Ce qui pourrait rebuter plusieurs lecteurs est un délice pour moi. J’adore quand elle prend la peine de s’attarder aux rites funéraires ou encore à un événement important de la vie du village. C’est tout simplement fascinant.

Du meilleur Felicia Mihali où la puissante conteuse n’hésite jamais à mélanger le quotidien et le merveilleux. Des odeurs, des arômes et des couleurs qui étourdissent.

«L’enlèvement de Sabina» de Felicia Mihali est paru aux Éditions XYZ.

http://www.editionsxyz.com/auteur/45.html

Yvon Paré ( http://yvonpare.blogspot.com, mercredi,14 décembre 2011)

"L'enlèvement de Sabina" de Felicia Mihali (janvier 2012)

Un roman au carrefour des légendes et des cultures : L’enlèvement de Sabina de Felicia Mihali (XYZ Editeur, Montréal, 2011, 284 p. )

Pour donner une épouse aux nombreux célibataires du village, les Comans invitent à la fête des Moutons – qui annonce la fin de l’été et le début de la gestation hivernale – les Slavins, leurs voisins, accompagnés de leurs femmes et surtout de leurs files. Sous prétexte d’hospitalité, ils font boire à leurs invités tant de vin que ceux-ci ne pourront pas défendre les seize vierges enlevées lorsque la fête sera rompue. Deux jours plus tard, ces filles - belles ou laides, intelligentes ou pas très malines, calmes ou nerveuses, bonnes ménagères ou paresseuses - deviendront des épouses pas plus fortunées que celles du village d’accueil ou bien du reste du monde. Une vie nouvelle commencera pour Kira, Nafina, Minodora, Flora, Gostana, Sarda, Efstratia, Aspasia, Assana, Teodora, Rada, Olimpia, Vava, Vergina, Zaza et Pantana, qui n’auront d’autre choix que de faire comme toute femme mariée : procréer ; s’occuper du mari, de la maison et de la ferme et, parfois, même des beaux-parents.

C’est le point de départ du plus récent roman de Felicia Mihali, L’enlèvement de Sabina, qui puise son inspiration dans le riche réservoir de la mythologie romaine (l’enlèvement des Sabines, aux premiers temps de la fondation de Rome, pour forger un peuple nouveau) et grecque (la punition appliquée par les Danaïdes à leurs ravisseurs).  C’est, comme la IVème de couverture l’indique, « un roman baroque qui tient à la fois du conte populaire, du roman d’aventures, de l’épopée et du thriller ». Je dirai même : un roman qui se situe au carrefour des légendes et des cultures, surtout balkaniques, dont des éléments se retrouvent dans l’intrigue, sans pour autant définir les coordonnées spatiales ou temporelles de l’histoire. D’ailleurs, cette intemporalité dans laquelle flotte le récit et cette absence de jalons spatiaux précis ne manque pas de clins d’œil aux cultures de l’Est européen (dont la Roumanie), à l’Empire Ottoman (qui y régna jadis), ce qui ne fait qu’accroître la valeur de symbole de ce village, centrum mundi où les fils de l’histoire se croisent.

Comme un tisserand assis à son métier pendant les longues nuits d’hiver, Felicia Mihali – de plus en plus ouverte au multiculturalisme, après une décennie d’existence québécoise – a le savoir de mélanger des couleurs et des matières empruntées à des ensembles culturels différents, pour en créer cette véritable saga dont le principal enjeu est une méditation sur la femme face à la violence et à un environnement hostile, sur les rapports de l’identité à l’altérité.

En parallèle avec l’histoire qui se passe dans le village des Comans – où les Slavines enlevées semblent s’intégrer petit à petit, adoptant les traditions d’ici ou bien imposant leurs coutumes, dans un mélange qui tient de la construction de toute société patriarcale (cuisine, objets ménagers, occupations, vêtements) – on assiste aux pérégrinations de Kostine, le seul garçon resté sans épouse. Sabina, celle qu’il comptait enlever à minuit, s’était enfuie avec son père et le voyage que le prétendant entreprend pour la retrouver dure 17 ans, c’est-à-dire l’intervalle dont les Slavines ont besoin pour rentrer dans leur village, après avoir tué chacune son mari, de manière à ne pas éveiller de soupçons.

Recruté de force par une armée combattant les envahisseurs enturbannés, le jeune homme a l’occasion de connaître d’autres espaces, d’autres peuples, d’autres cultures. Tel un Ulysse (supposément) valaque, Kostine traverse monts et vallées et, après des exploits guerriers dont il n’est pas fier, après des rencontres qui lui ouvrent les yeux sur la diversité du monde, après même un rêve surréaliste où il voyage dans l’avenir (un remake du conte folklorique roumain Jeunesse sans vieillesse et vie sans mort), le héros retrouve Sabina et la demande en mariage.

La moralité de cette partie de la fable – couronnée par le succès de la  longue quête du jeune homme et les retrouvailles du couple -, est exprimée par le vieux charretier qui transporte Kostine au village de sa bien-aimée et elle trahit la peur ancestrale de l’étranger, de l’inconnu qui, dans son optique,  peut nuire : «Il dit à Kostine que le mal vient d’abord de ce qui ne nous appartient pas. La maison, par exemple, est un bon endroit, car on y connaît tout. À cause de cela, il est mauvais de la quitter. L’homme doit toujours vivre dans sa maison. Pas besoin d’aller vers l’inconnu. Notre maison nous offre tout ce dont on a besoin, tout comme notre cour et notre jardin, de bons endroits eux aussi. Rien de ce qui est à l’extérieur n’est indispensable. Une maison abandonnée est le pire des lieux à imaginer. Et si on déménage dans une maison étrangère, la malchance sera toujours à nos trousses. Le malheur de ceux qui l’ont abandonnée poursuit les nouveaux habitants. L’homme le plus riche ne peut redonner vie à des ruines, affirma-t-il. Et puis, il y a l’étranger, ajouta le vieux, en regardant Kostine dans le blanc des yeux. D’où qu’il vienne, c’est d’un mauvais lieu : quoi qu’il fasse, il restera un indésirable.» (p. 274)

Pour ce qui est de la vengeance des seize Slavines, Danaïdes impunies, elle révèle le côté obscur, parfois insondable, des relations homme-femme et, généralement parlant, des humains entre eux. Elle attire l’attention sur le moment où la victime peut de transformer en bourreau.

(Elena-Brandusa Steiciuc, LA CAUSE LITTÉRAIRE, France, janvier 2012) À lire

Il était une fois... ****

Parfois, des gens nous demandent ce que l'on fait des livres reçus pour lecture et appréciation. Question pertinente qui mérite une réponse appropriée. On en garde, on en donne, on en " égare " dans des lieux publics, tels des bistrots, des quais de métro, des parcs. Durant les grèves postales, on en a glissés dans quelques boîtes aux lettres. Jamais, on en vend, on aurait mauvaise conscience. Aujourd'hui, on parle du dernier roman de Félicia Mihali, L'enlèvement de Sabina.

Cela se passe dans deux villages voisins où règne la bonne entente, au point de festoyer ensemble. Pourtant, un soir après moult libations, les Comans enlèvent dix-huit jeunes filles slavines, pour les marier à dix-huit jeunes hommes de leur clan. Chacun fera son choix, retournera chez lui accompagné d'une épouse. Un seul restera célibataire, Kostine. Sa promise, Sabina, ayant flairé le piège, s'est enfuie avec l'aide de son père, « enseignant expérimenté. » Honteux, Kostine partira de chez sa mère pour conquérir sa belle... Pendant ce temps, la vie s'est organisée chez les Comans. Onou, chef du village, bien qu'il protège les Slavines, s'avère inquiet et méfiant, les villageois slavins ne s'étant pas soulevés pour délivrer leurs filles. Peu à peu, débonnaire, il oubliera. Nous observons une région innommée où la paix règne. Au loin, grondent les clameurs de guerres fomentées par les barbares. Qui sont-ils ? Des peuples asiatiques, slaves, dépeints plus tard par Kostine qui, parvenu dans le village de Sabina, se fait kidnapper par des hommes soudoyés par le père de la jeune fille. De force, il ira à la guerre... Les femmes qui ont épousé les Comans établissent entre elles une complicité créative, qui leur font ouvrir des commerces prospères dont profitent leurs époux, pour la plupart médiocres, ivrognes, impotents.

Ainsi le temps dérive, savamment orchestré par Félicia Mihali. Chaque chapitre se sous-titre de mois ou d'années pendant lesquels, lentement, le village évolue. L'air de rien, les jeunes femmes imposent leurs préceptes simples et, certaines devenues veuves, retournent dans leur village, avec l'accord bienveillant d'Onou qui, toujours, a favorisé un bonheur tranquille dans sa communauté. Bonheur malmené par de perpétuelles manigances, par des menaces d'invasion, par l'attaque imprévisible des loups et des ours. Dans ce lieu aux allures enchevêtrées se profile un Moyen-Âge perclus de ses misères, de ses épidémies, de ses superstitions. S'obombrent aussi les Croisades : cotte de mailles, champs de bataille où périssent à coups de hache, des chevaliers valeureux et naïfs. Kostine se fera le porte-parole de ces épopées visionnaires — ô Jérusalem ! — où la vie d'un homme ne valait pas grand-chose, sinon rien. Parcourant des contrées inconnues, avançant dangereusement vers Sabina, il se liera d'amitié avec des êtres qui, tout comme lui, ont peu à perdre. Pendant dix-sept ans, il soutiendra des aventures fabuleuses, comme celle de l'Orphelin, jeune prince déchu, sa halte improbable dans le pays de Kokane. Il profitera d'opportunités s'offrant à lui : un jongleur qui, au moment de leur séparation, l'avisera d'une vierge et d'une licorne ; le chevalier Kross qui, las de ses tribulations, se retirera dans un monastère. Une aura ensorcelante ne cesse d'embellir cette histoire, ce conte, serait plus adéquat. Un rêve prémonitoire engagera Kostine sur la route insondable de sa bien-aimée.

Chez les Comans, les femmes vieillissent, les hommes meurent. Le village se banalise, les Slavines rentrant chez elles quand leur mari décède. Fatiguées mais déterminées, les villageoises se partageront un terrifiant secret, le confieront au lecteur. Nul besoin de références légendaires pour situer le roman. L'intrigue, menée avec perspicacité par Mihali, se soustrait à des influences immémoriales. Imagination débridée, goût démesuré du merveilleux, culture livresque se prêtant à différentes interprétations — on soupçonne que la Roumanie, pays natal de l'écrivaine, ne soit pas étrangère à la description des mœurs féodales des villages. Histoire intemporelle qui nous surprend, nous ébranle. Relents fantasmagoriques s'inspirant de nos sociétés industrialisées. Tragédie et ludisme harmonisent le récit tout en privilégiant les relations humaines. Hommes et femmes, prisonniers de leurs ancestraux préjugés, ne savent se dépêtrer d'une perpétuelle malédiction, dissimulée au comble de sentiments vieux comme le monde, usés telles de vaines promesses.

Roman à lire à petites doses, comme nous lisions au siècle dernier, chacun dans son genre, Balzac et Marcel Proust. Avec délice et enchantement. C'est dire que cette œuvre touffue et accomplie, échappe à toute mode contraignante. À lire encore pour nous souvenir que l'esprit déborde d'images archaïques, léguées par des hommes et des femmes, ostracisées par nos déliements.

L'enlèvement de Sabina, Félicia Mihali, XYZ éditeur, Montréal, 2011, 286 pages.

(Dominique Blondeau, http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/) À lire

Le pays du fromage

DYNA-MYTHE

Avec son titre énigmatique, Le pays du fromage de Felicia Mihali souffle comme une bourrasque sur une Roumanie sacrifiée. Pas si loin de nous. Rencontre.

Pour Felicia Mihali, la Roumanie c'est surtout le Pays du fromage, une référence au produit laitier qui, ai gré des siècles, sauva si souvent de la famine des villages entiers, voire un peuple; une nourriture dont l'héroïne de ce premier roman de Felicia Mihali ne peut supporter l'odeur.

Si j'avais accepté dès le début l'odeur du fromage, toute ma vie aurait pu changer", écrit-elle. Un détail. Et puis le lecteur comprend vite que sa rupture entre cette jeune femme peut-être cocue et son présent roumain est totale, effroyable. Et que débute la magistrale culbute...

J'ai écrit ce livre il y a cinq ans, dans un état de pessimisme total et profond, nous dit d'emblée Mihali, à Montréal depuis tout juste deux ans. J'avais à l'esprit la conviction intime que je ne pouvais plus évoluer, ni personnellement ni collectivement, au sein de la société roumaine. Aujourd'hui, le pessimisme est une maladie dont j'essaie encore de guérir."

Au centre du roman se trouve le désir de cette jeune femme de renouer avec son passé au moment de l'échec de son présent", poursuit Mihali. En fait, le livre trouve son origine dans le mythe de Robinson. L'héroïne est une naufragée, sauf qu'elle échoue sur une île qui porte en elle les marques des la civilisation. Comme elle ne peut consentir à détruire ce qui est là, elle se réfugie dans un imaginaire mythique qui la fera remonter jusqu¢aux anciens Grecs, à l'histoire de Troie.

Les connotations livresques et purement littéraires se font nuances et arrachements au réel dans ce roman d'une beauté saisissante. Et ces odeurs folles et incontrôlables d'envahir dès les premières pages et avec une absolue préséance l'esprit du lecteur pour ne plus le quitter.

L'héroïne plonge en l'histoire de sa famille mais néglige presque ostentatoirement de faire référence aux années Ceausescu, à la chute du communisme ou à quelque autre événement dit "historique", sinon vieux d'un siècle, d'une éternité. Un choix heureux qui souligne une universalité saisissante dans l'écriture. "Dès la fin du communisme, le marché du livre dénonçant la monstruosité du régime d'avant a connu une inflation sans précédent en Roumanie. J'ai trouvé cela pervers en ce que les auteurs de ces livres étaient auparavant de bons communistes. En littérature, il faut oublier les choses vulgaires ou triviales pour sublimer le réel. Je n'avais pas besoin de parler du régime pour décrire les horreurs".

En quatrième de couverture, les gens de chez XYZ ont cru bon de déceler une ressemblance entre Les pays du fromage et Une saison dans la vie d'Emmanuel, de Blais. Une judicieux amalgame qui renvoie au lecteur d'ici ses propres conceptions du village et du rural... "J'ai voulu frapper un mythe qui a fait carrière dans la littérature roumaine, celui du village vu comme le nombril de la terre, l'espace de pureté, l'endroit qui nous sauve de la ville. Nous sauver de quoi? Et à quel prix? Pas si loin de chez nous, vous dis-je ".

Pierre Thibeault (ICI, Montréal, 6-12 juin 2002)

UNE ROBINSONNE DE PREMIÈRE FORCE

On a envie de remercier Felicia Mihali d'avoir eu l'idée de s'installer ici il y a deux ans après avoir quitté sa Roumanie natale: elle nous offre, comme cadeau inespéré, ce premier roman qui révèle déjà un talent d'écrivain.

La ressemblance suggérée, sur la quatrième de couverture, entre ce livre et le chef d'œuvre de Marie-Claire Blais, Une saison dans la vie d'Emmanuel, n'est pas qu'un simple fanfaronnade d'éditeur comme on en lit souvent. Il y a dans Le pays du fromage une puissance d'évocation assez semblable, une même faculté d'insuffler une sombre beauté à un monde de déchéance.

Le lieu même où se passe l'essentiel du roman de Mihali n'est pas sans rappeler celui de Blais : un hameau perdu quelque part dans une lointaine campagne, un de ces coins de misère comme il y en a dans la plupart des pays du monde, là où la vie semble arrêtée depuis des siècles. C'est dans cette Roumanie profonde, où on pourra reconnaître tout à la fois un arrière-pays universel, que la narratrice du roman de Mihali a grandi et qu'elle décide de revenir, en emmenant avec elle son jeune fils, après 15 ans passés dans la capitale. Elle quitte du coup son mari, dont elle vient de découvrir qu'il a trompait.

Dépit ou simple coup de tête? Au moment de partir, elle a en tout cas le sentiment que l'aventure l'attend alors qu'elle un jette un dernier coup d'œil sur les étagères de sa bibliothèque, où elle remarque le Robinson Crusoé de Defoe de même que l'étonnante réécriture qu'en faite Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du Pacifique. On devine qu'il s'agit là d'un clin d'œil narquois à la littérature la narratrice a fait des études en lettres sans pouvoir en vivre - elle n'a jamais travaillé que comme secrétaire dans une entreprise d'import-export - s'essayerait-elle à "la" vivre?

Sans nostalgie apparente, elle s'installe dans une des masures abandonnées où elle a grandi. Paradoxalement, el semble régner dans ce logis insalubre, comme dans tout le village, un génie des lieux, insidieux, maléfique, auquel elle s'abandonne à son tour. Au fil des jours et des semaines, pendant les quelques 28 mois qu'elle va passer là-bas, elle vivra dans la crasse et le désordre, parmi la vermine, se nourrissant à peine, dans un état de prostration entrecoupé de brefs sursauts d'énergie. Son fils, laissé à lui-même, devient peu à peu un enfant sauvage, plus à l'aise avec les bêtes qu'en compagnie des humaines.

Ce choix délibéré de la jeune femme d'une existence quasi primitive ne semble pas révéler d'une quelconque volonté d'ascétisme - ses accès de sensualité débridée ont tôt fait de nous détromper là-dessus. Il s'agirait plutôt d'un passage obligé qui lui permettrait de découvrir, à sa propre surprise, ses racines paysannes, comme s'il lui fallait pour cela connaître un dénouement qu'elle n'avait même pas connu dans son enfance, une déchéance qui remonte bien au-delà de son propre passé.

Elle s'adonne donc à une imprégnation totale dans ce lieu, qui la sollicite corps et âme. Tous ses sens sont envahis, en particulier l'odorat qu'elle a très sensible. L'expérience est éprouvante dans ce pays de fromage, comme elle dit, dont les effluves l'ont toujours écœurée. Elle revivra par ailleurs l'antique soumission des femmes en fréquentant un ami d'enfance, un homme "assez vieux pour que son instinct paternel soit atténué par l'égoïsme de vivre librement", dont elle aime l'indifférence, pour qui les femmes sont des simples objets de plaisir toutes interchangeables. Elle lui est reconnaissante de montrer par là "son immense honnêteté masculine"...

Parmi les souvenirs qui lui reviennent, elle s'attarde à celui de quelques proches, moins ses père et mère qu'une tante, qui fut une conteuse hors pair. Elle donnera d'ailleurs à la narratrice le goût de récréer en imagination une partie du passé familial, en particulière celui d'un couple de bisaïeuls.

L'imaginaire prend ainsi le relais du corps et de ses sensations pour lui permettre d'habiter toute entière le lieu de son enfance. Il y a jusqu'à sa perception des autres qu'elle tente de calquer sur celle de ces campagnards frustes, aussi durs que leur coin de pays. Autrefois comme aujourd'hui, assure-t-elle, tout n'est "que peine et accouplement. Homme et femmes : entre eux il n'y a de place ni pour la beauté, ni pour la tendresse, ni pour l'amitié".

La littérature, dans cette aventure, lui sera longtemps de peu de secours. On croirait même qu'elle l'a reniée. Mais la voici qui lui revient alors qu'un ami bienveillant lui offre une partie de sa bibliothèque. Elle va lire ou relire des auteurs de toutes les pays, de Shakespeare à Samuel Beckett en passant par Diderot ou Novalis, mais ce sera pour ne retenir chez l'un ou l'autre qu¢une phrase ou le trait de caractère d'un personnage.

Ce roman de Felicia Mihali est une des très belles surprises de ce printemps. Elle l'a, dit-on, écrit dans sa langue maternelle, puis traduit elle-même. On peut parler ici d'une version originale, dont l'écriture est plutôt sobre, fort bien maîtrisée. Mihali savait bien que ce que raconte ce personnage de femme est parfois assez terrible : ce n'était pas la peine d¢en ajouter sur la manière de le dire.

Robert Chartrand ( LE DEVOIR, Montreal, 5 Mai 2002)

LA NAUFRAGÉE AU NEZ FIN

Parfois, seuls la solitude et le silence peuvent venir à bout des pires épreuves. C'et du moins ce que croit la narratrice du Pays du fromage, l'excellent premier opus de Felicia Mihali, une jeune écrivain d'origine roumaine qui a choisi de réécrire en français son histoire marquée pas les figures du naufrage et du désespoir.

A l'apogée d'un printemps littéraire abondamment truffé de découvertes, voilà que d'immisce discrètement sur les rayonnes des libraires un court roman au titre intriguant mais qui n'a rien à voir avec les délices de la table de provenance de la Beauce ou de Charlevoix.

En quatrième de couverture, l'éditeur, XYZ, compare même Le Pays du fromage à Une saison dans la vie d'Emmanuel, le grand classique de Marie-Claire Blais. Une telle comparaison audacieuse à souhait, n'est cependant injustifiée, car les deux récits, bien que différents en plusieurs points, partagent ( ce n'est qu'une question de patience) un enviable statut dans le panorama littéraire québécois. Ce sont des lectures qui nous habitent et nous transpercent pour venir heurter nos plus intimes remparts. Le ton est dur, économe sans être pingre, et les images, souvent cinglantes. Bref, on ne sort pas intact du Pays du fromage.

(Antoine Tanguay, LE SOLEIL, Quebec, 26 Mai 2002)

La reine et le soldat

Dans le crépitement du monde

LE DEVOIR

Roman foisonnant, délibérément anachronique, La Reine et le Soldat, de Felicia Mihali, nous plonge en plein coeur des conquêtes d'Alexandre le Grand, en 330 avant Jésus-Christ. La reine des Perses, Sisyggambris (nom réel: Sisygambis), assiste impuissante à l'écroulement de son royaume. Captive dans la ville de Suse (sur le territoire actuel de l'Iran), elle est placée sous la garde d'un jeune soldat grec, trois fois plus jeune qu'elle.
Avec une écriture vigoureuse, l'auteure trace le portrait d'une femme indépendante et libre, amante passionnée, femme d'esprit, et tisse en filigrane dans son récit des réflexions sur l'exil, le métissage, l'art de la guerre et la démocratie.

Alphabet érotique

L'empire en déclin des Perses n'a pas résisté à l'assaut des armées du redoutable conquérant. Installé à Suse, Alexandre le Grand se montre magnanime envers Sisyggambris, après la mort de Darius, le roi des Perses, tué au combat. Une étrange amitié se noue entre la reine et le Macédonien. Elle apprend à connaître cet homme dont les actes prouvent sa nature humaine passionnée, il découvre le raffinement perse -- mobilier précieux, appartements parfumés, bain raffiné, banquets somptueux. La reine le nomme Iskenderun après en avoir fait son fils adoptif. Alexandre le Grand poursuivra sa politique d'alliance avec la noblesse perse -- les soldats macédoniens prennent concubines en pays conquis --, voyant dans ce rituel d'union des peuples «le bonheur du monde en termes de mélange, d'hybridité et de métissage».
Après la conquête du royaume persan, désireux d'étendre son empire de la Grèce à l'Indus, Alexandre reprend la route. Il confie la reine à Polystratus, jeune soldat d'à peine vingt ans, à qui elle enseignera l'ouverture à l'autre. À ses yeux, tous les Grecs sont des barbares.
Au fil des mois, Sisyggambris attend des nouvelles d'Alexandre qui ne viennent pas. L'arrivée d'une troupe de comédiens chinois vient la distraire. Le plus vieil acteur a été l'un de ses amants. À partir de cette rencontre, le récit se teinte d'une frénésie érotique. «La reine savait depuis longtemps que les jeux érotiques font partie du métier de gouverner les autres.»
Après le départ de la troupe, la reine intrigue, cherche des issues à son ennui, jusqu'au jour où elle convainc le soldat de partir en Grèce à la recherche d'Iskenderun. En cours de route, ils deviennent amants. Ils se perdent pour mieux se retrouver, leurs désirs se fondent «dans le crépitement du monde». Le plaisir fermente jusque dans les mots.

Exil et nostalgie

Après un périple difficile, ils arrivent à Athènes. Pour Sisyggambris, l'exil se vit d'abord au plus près de la peau. La reine et le soldat déclinent ensemble «les lettres du même alphabet érotique». Pour combien de temps encore ? Son amour pour le soldat d'Alexandre avait été lié à sa position de conquérant. À Athènes, ses yeux «trahissent le sommeil profond de l'esprit».
La reine se penche sur son passé, n'arrive plus à y mettre de l'ordre. Elle souffre chaque jour de sa condition d'étrangère. «Elle allait toujours parler le grec avec un accent perse [...] Au fond, les gens ne peuvent jamais fuir ce qu'ils sont en profondeur.» Une rencontre avec un marchand de parfums syrien qu'elle a connu à Suse ravive la nostalgie de leur Perse natale : «Il comprenait avec tristesse que le soleil ne pourrait jamais être si familier que dans le pays où l'on naît, et qu'une certaine fraîcheur de la matinée resterait toujours identique à celle de l'enfance.»
Sisyggambris s'adapte lentement à sa nouvelle vie. Ce voyage a été pour elle un chemin obscur vers les profondeurs de son âme. Qui sait si le soleil du Péloponnèse aura le pouvoir de l'illuminer, de le rendre plus chaleureux ?

Roman dense, exigeant

À la fin du roman, dans une note à l'intention du lecteur, Felicia Mihali précise qu'elle a pris beaucoup de libertés par rapport aux faits historiques. Elle recompose l'Histoire par fragments en s'écartant de l'original, établit des liens troublants entre les idéaux éthiques d'Alexandre le Grand, la démocratie qu'il défendait, «pas égalitaire mais militaire et agressive», et les motivations des Américains qui occupent aujourd'hui Bagdad. «Les populations du milieu du continent ne l'accueillaient pas comme un libérateur, mais plutôt comme un oppresseur antipathique. L'idéal démocratique, qu'il brandissait comme un drapeau et dont il se considérait comme le champion, n'était pas la préoccupation des peuples du Caucase, de Sogdiane ou de Kaboul. Ces peuples de l'Indus s'accommodaient fort bien de la paix imposée par les suzerains locaux, avec qui ils parlaient la même langue et partageaient les mêmes coutumes [...] Ceux qui s'avancent trop sur le territoire des autres ne sont en aucun cas des libérateurs.»
Née en Roumanie, écrivaine, journaliste, rédactrice en chef du magazine culturel en ligne Terra Nova, Felicia Mihali signe un troisième roman dense, exigeant, pétillant d'intelligence. Douée d'une imagination inépuisable, la romancière parvient à ressusciter le passé lointain d'une civilisation qui a dominé le Proche-Orient il y a plus de 2500 ans, à en restituer les couleurs, les odeurs, les sensations tactiles et à nous transmettre la beauté d'une histoire d'amour impossible qui ne peut se trouver consignée que dans une oeuvre de fiction.

Suzanne Giguère Édition du samedi 21 et du dimanche 22 janvier 2006

Sweet, sweet China

Felicia Mihali - Sweet, sweet China

Succès économique, jouets toxiques, muselière préolympique. Au-delà des clichés transmis par l'actualité, Felicia Mihali livre une image complexe de la culture chinoise dans son quatrième roman, Sweet, sweet China. Abordant la question à travers le regard d'une enseignante de français qui prépare les Chinois à leur immigration au Canada, cette oeuvre baroque se tient à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. L'auteure, Québécoise d'origine roumaine, y puise tour à tour dans la mythologie, l'histoire impériale et les carnets intimes qu'elle a rédigés au cours d'un récent séjour au pays de Mao. Sous la protection de trois déesses, dont l'une est la narratrice du récit, la protagoniste observe son intégration difficile parmi ces Chinois énigmatiques dont certains, ses étudiants, ne songent qu'à leur prochain départ, se montrant plus ou moins intéressés par ce qui les attend en terre québécoise. Un livre original, mariant dialogue impossible et refuge dans un imaginaire hautement onirique.

Voir le 21 février 2008 Éric Paquin À lire

Espace Canoë

Ce « docu-roman », est un mariage très réussi entre la fiction et la réalité. Ce livre est immanquablement, la plus belle surprise en littérature depuis déjà quelques mois. Je n’avais plus éprouvé un tel plaisir à lire et à me surprendre moi-même de me passionner pour l’histoire racontée.
L’écriture réaliste, sans complaisance, au verbe bien choisi, ainsi qu’aux phrases parfaitement calibrées qui ajoutent à ce « docu-roman » un souffle de vérité comme il en existe si peu.
Felicia Mihali, est une auteure que l’on peut dès à présent qualifier de majeure au Canada.
Son roman, très bien ficelé et magnifiquement illustré, témoigne de son vécu, mais aussi de son talent d’auteur à transporter le lecteur dans une partie romancée.
L’événement littéraire de la rentrée 2008.

Espace Canoë À lire

Les tribulations d'une professeure en Chine

A quelques mois des jeux olympiques de Beijing, l'intérêt pour la Chine s'accroît. Si vous voulez parfaire votre connaissance de la Chine vue de l'intérieur, lisez donc ce petit bijou de roman Sweet, Sweet China où l'auteure Felicia Mihali raconte les aventures d'Augusta, une enseignante partie enseigner le français aux immigrants chinois qui souhaitent vivre au Canada. Il y a beaucoup de Mme Mihali à travers la protagoniste. La romancière a une belle qualité narrative et ses descriptions ne nous font pas regretter l'appareil photo. D'ailleurs il y a quelques photos du pays prises par Mme Mihali. C'est véritablement un autre monde.

Culture Hebdo À lire

Femmes de Chine

Quatrième roman de Félicia Mihali, Sweet, sweet China nous convie à un fabuleux voyage dans une Chine «hétéroclite, pays de contradictions et d'extrêmes». C'est à travers la voix de la Déesse Sakiné, Déesse du regard, que l'histoire d'Augusta et celle de Mei Hua (Fleur de prune) nous seront racontées. Désirée, Déesse du goût, et Flora, Déesse de l'odorat, les accompagneront durant leur extraordinaire périple. Augusta, professeure de français, séjourne pendant dix mois à Beijing pour enseigner cette langue aux Chinois qui veulent émigrer au Canada. Mei est une jeune fille de la Chine impériale, mariée de force à un général qu'elle déteste. À partir de ces situations, ancienne et moderne, la Déesse Sakiné relatera les aventures des deux jeunes femmes. Augusta tient un journal dans lequel elle note les impressions de son quotidien, la vie de son quartier, le désarroi qu'elle ressent au fur et à mesure que le temps passe. Et les jours sont longs face à des étudiants déconcertants, à «Beijing ensoleillé, venteux et poussiéreux.» À son insu, les trois déesses ont pris Augusta sous leur protection. Elles se faufilent dans les objets de son appartement, se transforment même en stylo à billes ! La Déesse Flora s'infiltrera dans l'écran de son ordinateur pour supprimer quelques remarques de son journal qu'elle juge dérangeantes ou inutiles. Au grand dam de la Déesse Sakiné, la Déesse Désirée ira jusqu'à faire apparaître l'ancien amant chinois d'Augusta avec qui elle a rompu dix ans plus tôt. Le pouvoir des trois déesses est si fantastique et séculaire qu'elles protégeront Mei contre son mari, le général Wu. Avant que surgisse Mei dans un rêve d'Augusta, plus tard, dans une télé-série qu'elle regarde chaque soir chez elle, on est déjà informé que la «petite épouse» se réfugie à volonté dans un lac situé dans le paysage d'une estampe !

Le présent symbolisé par Augusta nous convie à des promenades dans la ville - marché, boutiques, antiquaires -; le passé évoqué par Mei nous projette dans un temps révolu où les femmes «valaient moins que des rats.» D'une écriture sobre, poétique, saupoudrée d'humour et de féminisme, Félicia Mihali se questionne, elle aussi, quand des êtres de passage ou des faits singuliers la confondent. L'auteure en profite pour nous entraîner dans des lieux touristiques, comme la Cité interdite, la Grande Muraille, le Palais d'été, le site des soldats en terre cuite à Xi'An. Et bien d'autres lieux prodigieux encore. Chaque fois que Mihali se fait guide, elle dépeint avec minutie des pages d'histoire passionnantes qui nous renseignent sur la civilisation plus que millénaire de L'Empire du Milieu. Avant le Nouvel An chinois, Augusta partira quatre jours à Hong-Kong. À bord de l'avion, elle fera un rêve étrange dans lequel se manifestera Mei Hua. La Déesse Sakiné avouera qu'elle et la Déesse Désirée l'avaient «abandonnée au creux du temps, au milieu de l'empire.» Les péripéties de Mei occuperont alors une merveilleuse place dans le roman. Pour échapper à son époux qui la pourchasse, elle accepte de faire n'importe quoi. Chez Dame Miao et Dame Vase, elle sera brodeuse ; chez Dame Poisson, propriétaire d'une maison close, au restaurant Le Cheval blanc où règne Dame Carotte, elle devient servante, puis copiste chez «un auteur pauvre qui vivait d'une petite subvention.» À nouveau servante chez un peintre célèbre, Mei sera retrouvée par le général Wu. Bien sûr, on ne dévoilera pas la fin de son histoire houleuse, émaillée de pages sensuelles, érotiques.

Le récit de Mei Hua se recoupe constamment avec celui d'Augusta au point que le général Wu, «en proie au désespoir, se demande où errait cette étrangère ? [...] Dans quel rêve s'était-elle glissée pour apporter le malheur ?» Le voyage de Mei s'achève sur des pages où le rôle des femmes orientales et occidentales prend toute son ampleur. Sur une toile, le peintre célèbre chez qui Mei s'est enfuie, «avait rassemblé autour d'un étang toutes les déesses de la création». Dans une envolée lyrique, Mihali énumère les femmes qui furent à l'origine de la création «[...] lorsque la Mère-terre vivait loin du Père-ciel.» De la Déesse-mère jusqu'à la Déesse de la connaissance. Un symbole occurrent est la présence de la grand-mère du général Wu qui, constamment, défend Mei Hua contre ceux et celles qui lui veulent du mal, alors qu'elle fut l'instigatrice de son mariage avec son arrière-petit-fils.

Peu à peu, on entre à nouveau dans le présent d'Augusta ; doucement, elle prépare son retour au Québec. Si elle «est guérie de la nostalgie de la Chine», le fait de quitter les êtres avec qui elle a tissé des liens la déchire. Dans le métro de Montréal la ramenant chez elle, un tour de magie s'opère où les trois déesses interviennent une dernière fois...

C'est un roman imprégné d'odeurs sulfureuses, pétri de sensations physiques et morales que nous offre Félicia Mihali. On aime que «la Chine profonde reste inconnue et lointaine.» C'est avec un réel bonheur de lecture que nous suivons Mei Hua dans son «voyage en papier» ; durant son parcours, nous apprenons que cette époque impériale fut à la fois prestigieuse et cruelle. Nous apprenons aussi que toute réalité, vue et vécue par Augusta, contient sa part de rêve pour affronter un pays aux mille facettes insondables. On ferme ce roman, émerveillés, en se promettant d'y revenir le plus tôt possible...

Publié par : Dominique Blondeau A lire

Dina

Felicia Mihali renoue avec la Roumanie

Dina attire les regards de Dragan, un douanier serbe particulièrement zélé qui traque tous les trafiquants. Une étrange relation s’installe entre eux, un amour fait de haine et de passion, de résistance et d’agressions. Elle devient le symbole de la Roumanie qui subit toutes les humiliations devant l’envahisseur. Un univers de violence, de rage et de haine qui se traduit dans un affrontement quotidien qui ne connaît de trêves que dans la fusion des corps.

La Roumanie a vécu le communisme à la Ceausescu, un régime totalitaire particulièrement archaïque et sauvage. La fin de cette dictature a laissé le pays en ruine. Les gens vivent au jour le jour, deviennent trafiquants pour survivre, bradent tout pour quelques sous. Les campagnes sont désertées, les terres abandonnées et le marché noir est la seule activité possible. L’anarchie règne en maître. Le pire peut-être, ce sont les affrontements quotidiens entre Serbes et Roumains, cette haine raciale que rien ne semble vouloir éradiquer.

Avec « Dina » nous effleurons le meilleur de Felicia Mihali qui se montre une écrivaine fascinante. Nous retrouvons la magie du « Pays du fromage », son premier roman, la même force d’évocation, un drame et un suspense qui emportent chacune des pages. Des portraits saisissants de femmes qui vivent les pires outrages depuis des siècles, trouvent des trésors d’imagination pour survivre. Elles sont déboussolées dans cette société qui a oublié ses références.

« Une fois libérées de la tutelle de leur mari ou de leur belle-mère, les vieilles femmes se consacrent finalement à une vie d’oisiveté ou d’ivrognerie. Les voisines que je connaissais, surchargées de tâches, sont devenues maintenant des clientes fidèles de la taverne du village. On ne les voit plus porter de lourds fardeaux sur leur dos, on ne les entend pas puiser de l’eau, courir après une poule ou crier après un mouton. Elles ne veulent plus peiner, même au risque de ne pas se nourrir. Le cycle de leur vie a ralenti, leurs membres sont fatigués, leur énergie nourricière s’est tarie, leur instinct maternel est entré en hibernation ou s’est reconverti en égoïsme et en indifférence. » (P.34)

Un récit

« Dina » pourrait être un récit tellement la voix de la narratrice se rapproche de l’écrivaine. Sans être un familier de Mihali, on peut reconnaître des éléments de sa trajectoire, son installation à Montréal, son refus de retourner au pays malgré la nostalgie qui rejoint ceux et celles qui décident de quitter parents et amis pour s’inventer un rêve.
La Montréalaise par choix garde contact avec son pays d’origine, téléphone à ses parents de temps en temps. Elle n’arrive plus à parler avec un père qui n’est que l’ombre de lui-même. Sa mère, après une vie de sacrifices et de dévouement, bascule dans l’alcool pour fuir la réalité devenue impossible.
Lors d’une conversation, la narratrice apprend la mort de sa cousine Dina. Elles avaient le même âge, partagé leur adolescence et de grands bouts de leur vie de jeunes femmes. Elle a été assassinée, semble-t-il. Une mort qui fait ressurgir une partie de l’enfance de la narratrice.

Figure emblématique

L’écrivaine insiste peut-être un peu trop pour montrer que Dina est la figure emblématique des Roumains qui courbent le dos devant l’oppresseur. C’est la seule fausse note de ce roman magnifique. Un portrait de la Roumanie particulièrement troublant qui ne sait plus à quoi s’accrocher pour survivre et qui affronte le mépris, la violence des vainqueurs. Dina ne peut triompher dans un combat inégal. Il reste la fuite, l’exil pour se refaire une vie. C’est ce que la narratrice a choisi, Felicia Mihali aussi.

« Dina a alors fait ce que les petites nations font devant la pression des plus grandes : elle a cédé. Elle est montée dans l’auto, convaincue que ce n’était pas la fin mais pas le début non plus. Dans son âme logeaient depuis longtemps l’humiliation, la rage de ne pas pouvoir se défendre, de dépendre toujours de la bonne volonté et des intérêts des autres. Dragan allait lui-même décider de son sort. Pour s’y opposer ? Elle n’aurait pas pu le faire encore longtemps de toute façon. Pourquoi fuir, lorsque la volonté des plus forts vous suit partout ? » (P.125)

Le Quotidien - Yvon Paré - Jeudi 13 novembre 2008

Articles traduits du roumain

Tara Branzei

La journaliste Felicia Mihali débute en force avec un roman au sujet de l’échec et de la solitude

….Felicia Mihali brise toutes les normes conventionnelles de notre littérature, débutant en force avec un roman qui choque non seulement par sa manière cruelle d’aborder les thèmes de l’amour et de la solitude, mais aussi par la précision aiguë de son expression stylistique. Polémisant violemment avec les prosateurs des « racines », Felicia Mihali constate amèrement que toute tentative de retrouver le passé est impossible. « Dès maintenant, rien n’arrêtera ma chute » voilà la dernière conclusion du livre. Jusqu'à ce moment-ci, personne n’a usé dans notre littérature d’une lucidité aussi cruelle. À 32 ans, Felicia Mihali promet de grands livres, non-conformists, inquiétants.

Ion Zubascu, ROMANIA LIBERA, 29 juin, 1999

Le début littéraire de la journaliste Felicia Mihali est remarquable.

Loin de ce qu’on appelle « littérature féminine » son roman et originel non seulement par thème, mais aussi par le style bref, sans le moindre artifice. Utilisant des moyens simples pour décrire l’atmosphère d’agonie qui domine, le roman de Felicia Mihali est révélateur pour la mentalité d’une génération entière: celle des jeunes qui ont perdu leurs racines et qui errent continuellement à la recherche de leurs repères.

Adriana Bittel, FORMULA AS, 9-16 août, 1999

Un talent de 24 carats

Le plus spectaculaire début en prose enregistré chez nous au dernier temps est celui de Felicia Mihali - 32 ans, journaliste à « L’Événement du jour ». Son roman, Le Pays du Fromage se remarque même du titre par un style offensif et démystificateur. Comme écrivaine, elle a les mouvements sûrs et rapides de ceux qui attrapent des serpents. Ce qui la caractérise est un mépris profond et, de même, un irrémédiable manque d’illusions. Des images de la décrépitude, des sons aigus, des odeurs désagréables, rien n’échappe à cette témoigne incommode.

Alex.Stefanescu, ROMANIA LITERARA, 11-17 août, 1999

La misophilie d’une vie déchirée

Le Pays du Fromage est le roman d’une chute psychique ou la « fiche clinique » d’une déchéance physique et d’une déroute morale. La confession d’une vie inutilement déchirée et marquée par la misophilie, le cynisme et la sexualité, régie par l’ennui ou par le désespoir. Un trajet fabulateur à travers l’hérédité érotique et malheureuse de la famille.

Dan.C.Mihailescu, 22, 7-13 septembre, 1999

Le terrible voyage de Felicia Mihali au Pays du Fromage

Le roman de début de Felicia Mihali est le produit d’une personnalité complexe, avec des perceptions aiguës et des états d’âme tellement bizarres. ….
On lit Le Pays du Fromage sans presque respirer, d’un bout à l’autre.

Gabriela Hurezean, NATIONAL, 24 juin, 1999

Le Pays du Fromage, le pays des abîmes du psychique féminin

Par son début, Felicia Mihali écrase tous les canons littéraires de chez nous. Son roman est un véritable choc pour les consommateurs de littérature roumaine contemporaine. Par les vécus de son héroïne, l’auteur détruit tout ce que peut signifier de l’innocence ou de la beauté dans la vie quotidienne. Les rappelles au monde de l’enfance ne signifient que la négation des anciennes valeurs du village traditionnel roumain.

Corneliu Ciocan, L’ÉVÉNEMENT DU JOUR, 24 juin, 1999

Dans la toile d’araignée de la féminité

Au bout des plans avortés, il y a finalement le cri de douleur d’une jeune femme intelligente mais mutilée par l’étroitesse de l’intimité. De l’horizon du village, de la médiocrité de la ville monte jusqu’à nous le message de quelqu’un soumis à des épreuves terribles.

Henri Zalis, LE CONTEMPORAIN, 6 avril, 2000

Eu, Luca si chinezul

Eu, Luca si Chinezul, un roman qui fera des ennuis même au Président du pays

Après une parabole biblique greffée sur la civilisation chinoise, la jeune écrivaine se tourne vers la réalité immédiate, avec un roman d’une actualité violente. Après le livre de début, Le Pays du Fromage, qui décrivait d’un œil cynique, mais sincère, le monde dégénéré du village roumain contemporain, c’est la ville qui entre dans l’attention de l’écrivaine, éduquée à l’école dure du journalisme roumain depuis ’89.

L’ÉVÉNEMENT DU WEEK-END, 3 mars, 2000

Love Story et presse de scandale

Après Le Pays du Fromage et La Petite Histoire, publiés l’année dernière, Felicia Mihali s’impose de nouveau dans les premières lignes avec un roman surprenant, qu’on lit du bout du souffle. Cette fois, le crayon aigu de l’écrivaine attaque un monde très familier pour elle, la rédaction d’un journal de scandale…. Les deux narrations qui s’entrecoupent sur un chemin sinueux, font preuve d’un talent bien cultivé, d’une vocation de véritable psychologue, d’une admirable capacité de bâtir des personnages et de décrire des morceaux de la vie réelle. Eu, Luca si Chinezul nous confirme, après les autres deux romans, que Felicia Mihali représente une voix vigoureuse et singulière de la littérature roumaine actuelle.

Gabriela Hurezean, NATIONAL, 23 février, 2000

Formula AS

Le troisième roman de Felicia Mihali, paru en moins d’un an après le premier, prouve qu’elle est une écrivaine professionnelle, de longue distance, vouée au succès populaire, bien qu’elle n’écrive point ce qu’on appelle ``littérature de consommation``. Le talent et la facilité d’écrire dans des registres assez différents, le fait qu’elle n’écrive pas seulement pour le divertissement, mais parce qu’elle a vraiment quelque chose à dire, me détermine à lui prédire une carrière littéraire brillante.

Adriana Bittel, FORMULA AS, 20-27 mars, 2000

Eu, Luca si chinezul des coulisses médias et de l’amour oriental

L’auteure du Pays du Fromage et de La Petite Histoire récidive. Pendant les derniers huit mois elle est arrivée à la performance unique de donner sur le marché des livres encore un volume, Moi, Luca et le Chinois….Les deux mondes, surpris d’une manière tout à fait différente de la mode littéraire actuelle, confirment l’unicité d’une voix très originale d’une écrivaine qui appartient déjà au prochain millénaire.

Corneliu Ciocan, L’ÉVÉNEMENT DU JOUR, 1 mars 2000

Metrobus

« J’ai essayé de décrire le plus fidèlement possible le monde de la presse écrite où règne le goût pour la violence et très peu l’appétit pour la culture……Je reconnais que je suis une écrivaine extrêmement cynique. Je me suis questionnée moi-même à ce sujet et je me suis rendu compte que j’ai gagné cette qualité à l’école de la littérature néerlandaise…..Luca est un alter ego masculin. Il est l’ami idéal qui m’a sauvée de l’encombrement. Luca est l’image même de la culture qui nous semble faible, vulnérable, mais qui est très résistante pour autant. »

interview réalisée par Mariana Nicolae, METROBUS, 28 février, 2000